Wilfrid, L’Asile Brandon, 1930

Wilfrid, L’Asile Brandon, 1930

Âge 13

Dates d’admission: Juillet 1930 à Août 1930

 

Portrait d'un garçon à la peau bronzée, partiellement masqué par l'ombre d'une personne. Il regarde l'ombre, à gauche. L'arrière-plan est rayé de noir et de bleu.
Portrait de Wilfrid par Maia Weintrager (2025).

Wilfrid s’assit sur une petite chaise de bois en face d’un médecin portant un costume trois pièces. L’odeur de son eau de Cologne donnait à Wilfrid la nausée et son agacement grandit alors que l’homme radotait sans cesse à quel point voler était mal. Wilfrid s’en fichait. Sa famille avait si peu. Il faisait ce qu’il avait à faire, mais personne ne semblait comprendre. À treize ans, Wilfrid voulait subvenir à ses besoins comme à ceux de ses frères et sœurs. Des montres pouvaient lui rapporter un bon prix, mais Wilfrid n’était pas difficile—il prenait tout ce qu’il pouvait.

Sur le dessus du bureau, un stylo noir et or attira son attention. Wilfrid n’essaya pas d’être subtil; il se pencha et prit le stylo. Peut-être qu’il pourrait le garder. Peut-être que le médecin arrêterait de le sermonner. Il se rassit, regarda le médecin dans les yeux et passa le stylo entre ses doigts.

« Wilfrid, remet le stylo où il était », lui demanda le médecin.

« Est-ce que je peux le garder ? », se moqua -t-il.

« Non, tu ne peux pas. » Wilfrid était déçu qu’il n’y ait même pas un brin de colère dans sa voix. Juste le même ton sérieux de sermon.

« Hé, je vais le rendre! Mais que dis-tu de ta montre? Est-ce que je peux l’avoir? Je suis sûr que tu en as d’autres », insista Wilfrid. Il replaça le stylo sur le bureau.

Le docteur prit sa question comme une opportunité de continuer son sermon et encouragea Wilfrid à avouer qu’il devait être puni pour vol. L’agacement du jeune garçon se transforma en colère. Wilfrid roula les yeux, ricana et interrompit le médecin.

« Tu as fini ? C’est agaçant. »

 


 

Justice juvénile

 

En 1908, le gouvernement fédéral passait la Loi sur les jeunes délinquants pour les offenses criminelles des enfants en bas de seize ans. En février 1909, Winnipeg ouvrit sa première cour juvénile. Le but de ce système était de fournir de l’accompagnement individuel et de la réhabilitation plutôt que des sanctions. Plus souvent, les garçons étaient emmenés à la cour juvénile pour des délits mineurs comme le vol et l’absentéisme scolaire. En comparaison, les filles étaient accusées d’incorrigibilité pour violation des conventions sexuelles et de genre.

En pratique, la justice pour mineurs a produit un système de surveillance des enfants de la classe moyenne à travers différentes institutions. Elle a créé un système carcéral qui incluait le système d’éducation, le système de santé et les institutions carcérales pour enfants. Le système judiciaire était fondé sur la croyance que la pauvreté menait à la création d’une classe dangereuse. Pour les garçons, l’objectif était de s’assurer qu’ils deviendraient des hommes respectables issus de la classe ouvrière, des travailleurs productifs plutôt que des criminels endurcis.

 

Colonialism

Une coupure de journal comportant une photo de Wendy Clark devant l’asile de Brandon en 2004. Le titre indique : « L’avenir du Centre de santé mentale de Brandon reste incertain », article du Brandon Sun Weekend, samedi 1er mai 2004, par Curtis Brown.
Le Centre de santé mentale Brandon a fermé ses portes en 1999. En 2004, les gens se sont demandé ce qui devrait arriver à l’ancien asile. Pour plusieurs, les anciens sites d’incarcération évoquaient des souvenirs douloureux et étaient un rappel de leur passé traumatique. Des survivants du Centre régional Huronia en Ontario ont demandé sa destruction. À partir de 2007, le Collège Assiniboine a pris le contrôle du vieil établissement. Courtoisie de Bill Hillman.

 

 

La famille de Wilfrid était une grande famille métisse. Sa mère et son père avaient tous les deux été mariés auparavant et quand sa mère est décédée, son père s’est remarié une troisième fois. L’eugénisme plaçait les enfants métis dans une catégorie de la mauvaise « hérédité ». Ils étaient aussi confrontés à une négation de leur identité. Les personnes métisses étaient souvent effacées de l’histoire et les commissions Scrip tenues dans l’Ouest du Canada ont cherché abolir leur titre de propriété aux terres.

L’exposition Crazymaking explore les effets du colonialisme sur le bien-être mental et la guérison. Pour les personnes métisses, les expériences des pensionnats autochtones, la dépossession des terres et la négation de leur existence ont toutes contribué à une perte de leur culture, aux sentiments de honte et d’identité cachée et de trauma intergénérationnel.