Mathieu, L’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, 1906
Âge 8
Dates d’admission: September 1906 à inconnu

Derrière une ligne d’hommes de grande stature, en habits de travail souillés, Mathieu, un garçon blond de huit ans, suivait le groupe. Ses mains claquèrent ses bretelles qui retenaient ses shorts noirs par-dessus une chemise quasiment blanche. Alors que les patients commençaient à remplir l’un des bancs à l’arrière, Mathieu tenta de jeter un œil par la fenêtre la plus proche. Durant le souper, il avait entendu des hommes parlant des pommiers. Il imagina qu’il était un écureuil au milieu d’un groupe de prédateurs. Il voulait une pomme. Toutefois, il était trop loin de la fenêtre pour voir quoi que ce soit d’autre que l’horizon. Découragé, Mathieu s’assit, la peau derrière ses genoux collée contre le banc et ses pieds pendus dans les airs.
Alors que les derniers patients rejoignaient leur siège, tout était calme à l’exception de quelques pieds gigotants. La plupart des regards étaient tournés vers la mère supérieure qui se tenait à l’entrée de la chapelle. De temps en temps, les patients se rassemblaient à la chapelle pour la prière du soir. C’était un moment rare où le brouhaha de l’institution se calmait. Mathieu attendit anxieusement. Il appréciait l’atmosphère de la chapelle, mais il avait surtout hâte de voir la comédie théâtrale qu’un groupe de patients allait interpréter après. Mathieu avait tellement hâte.
Il entra dans la pièce alors qu’ils récitaient le Notre Père.
Vie quotidienne
La vie institutionnelle suivait une routine décidée par les administrateurs. Un horaire idéal organisé autour des heures de réveil, des repas, des prières, du travail, des visites médicales et des divertissements. Les patients n’avaient guère leur mot à dire sur l’organisation de leur journée. Qui plus est, la vie commune leur offrait peu d’intimité. Mathieu passait ses journées à suivre un horaire, constamment entourés d’autres personnes. Des témoignages limités montrent que les enfants trouvaient l’intégration avec les adultes effrayante, dangereuse et déroutante.
Au Québec, les hôpitaux psychiatriques étaient uniques parce que les contrats pour gérer les établissements étaient signés avec des organisations religieuses. On appelait ce phénomène la « sous-traitance. » Le résultat était que la religion jouait un rôle clé dans la vie quotidienne des patients du Québec avec des prières régulières offertes par les religieuses. La religion faisait aussi partie de d’autres aspects de leur vie incluant le divertissement.


Soins infirmiers

Les Sœurs de la Providence donnaient les soins quotidiens aux patients. À partir de 1900, elles suivaient la troisième édition du « Traité élémentaire de matière médicale et guide pratique des Sœurs de Charité de l’Asile de la Providence. » Ce livre de 1663 pages formerait la base de l’enseignement pour l’école de soins infirmiers qui a été fondée en 1912. Ce livre aidait les sœurs à naviguer les différentes formes de traitement et de soins pour les patients. Dans le chapitre sept sur l’hydrothérapie, il détaille ainsi la pratique, incluant l’utilisation de différentes températures d’eau pour les soins thérapeutiques.
