Mathieu, L’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, 1906

Mathieu, L’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, 1906

Âge 8

Dates d’admission: September 1906 à inconnu

Illustration représentant un jeune garçon blanc dont les épaules sont masquées. L'arrière-plan est rempli de ce qui semble être des silhouettes sombres de personnes. Le garçon a les cheveux blonds et le regard tourné vers la droite. Son visage exprime à la fois de la tristesse, de l'inquiétude et de la vigilance.
Portrait de Mathieu par Maia Weintrager (2025).

Derrière une ligne d’hommes de grande stature, en habits de travail souillés, Mathieu, un garçon blond de huit ans, suivait le groupe. Ses mains claquèrent ses bretelles qui retenaient ses shorts noirs par-dessus une chemise quasiment blanche. Alors que les patients commençaient à remplir l’un des bancs à l’arrière, Mathieu tenta de jeter un œil par la fenêtre la plus proche. Durant le souper, il avait entendu des hommes parlant des pommiers. Il imagina qu’il était un écureuil au milieu d’un groupe de prédateurs. Il voulait une pomme. Toutefois, il était trop loin de la fenêtre pour voir quoi que ce soit d’autre que l’horizon. Découragé, Mathieu s’assit, la peau derrière ses genoux collée contre le banc et ses pieds pendus dans les airs.

Alors que les derniers patients rejoignaient leur siège, tout était calme à l’exception de quelques pieds gigotants. La plupart des regards étaient tournés vers la mère supérieure qui se tenait à l’entrée de la chapelle. De temps en temps, les patients se rassemblaient à la chapelle pour la prière du soir. C’était un moment rare où le brouhaha de l’institution se calmait. Mathieu attendit anxieusement. Il appréciait l’atmosphère de la chapelle, mais il avait surtout hâte de voir la comédie théâtrale qu’un groupe de patients allait interpréter après. Mathieu avait tellement hâte.

Il entra dans la pièce alors qu’ils récitaient le Notre Père.

 

 


 

Vie quotidienne

 

La vie institutionnelle suivait une routine décidée par les administrateurs. Un horaire idéal organisé autour des heures de réveil, des repas, des prières, du travail, des visites médicales et des divertissements. Les patients n’avaient guère leur mot à dire sur l’organisation de leur journée. Qui plus est, la vie commune leur offrait peu d’intimité. Mathieu passait ses journées à suivre un horaire, constamment entourés d’autres personnes. Des témoignages limités montrent que les enfants trouvaient l’intégration avec les adultes effrayante, dangereuse et déroutante.

Au Québec, les hôpitaux psychiatriques étaient uniques parce que les contrats pour gérer les établissements étaient signés avec des organisations religieuses. On appelait ce phénomène la « sous-traitance. » Le résultat était que la religion jouait un rôle clé dans la vie quotidienne des patients du Québec avec des prières régulières offertes par les religieuses. La religion faisait aussi partie de d’autres aspects de leur vie incluant le divertissement.

 

 

Soins infirmiers

 

Le livre relié a une couverture rouge et est bien usé.
Une copie de la toute première version du « Traité élémentaire de matière médicale et guide pratique des Soeurs de Charité de l’Asile de la Providence. » Le livre relié a une couverture rouge et est usé. À l’intérieur, le livre est signé par Pierre J.O. Chauveau. Après la Confédération, il deviendrait le premier Premier Ministre du Québec. Courtoisie de David McBryde, Ministère de la Culture et des Communications.

Les Sœurs de la Providence donnaient les soins quotidiens aux patients. À partir de 1900, elles suivaient la troisième édition du « Traité élémentaire de matière médicale et guide pratique des Sœurs de Charité de l’Asile de la Providence. » Ce livre de 1663 pages formerait la base de l’enseignement pour l’école de soins infirmiers qui a été fondée en 1912. Ce livre aidait les sœurs à naviguer les différentes formes de traitement et de soins pour les patients. Dans le chapitre sept sur l’hydrothérapie, il détaille ainsi la pratique, incluant l’utilisation de différentes températures d’eau pour les soins thérapeutiques.

La pratique des soins infirmiers était aussi enchâssée dans la religion et Sœur Monique de la croix y a réfléchi lorsqu’elle a partagé :

« Que de vertu à pratiquer dans une seule journée auprès de nos chers malades! Que notre quotidien don de soi, soit une preuve de notre amour compatissant et rayonnant! Pour l’infirmière, le malade mental est déjà héritier du message Sauveur de la croix, il porte en lui une ombre des souffrances du Christ. Et tel le bon samaritain, l’infirmière attirée au service du malade doit posséder en plus d’une extrême bonté une intuition inspirée par une lumière surnaturelle, une force divine »

Bien que les soins infirmiers allaient évoluer pendant le vingtième siècle, leurs interventions n’étaient pas toujours bien accueillies par les patients et les bonnes intentions ne résultaient pas toujours en de bons résultats chez les enfants. L’asile roulait sur un budget serré et les patients n’étaient pas requis de donner leur consentement. Les enfants vivaient souvent de l’abus et de la maltraitance. Plusieurs s’opposaient même frontalement à leur internement.

Controverse

 
La page de titre intérieure de l'ouvrage « The Insane in the United States and Canada » du Dr Daniel Hack Tuke. Elle comprend la page de titre, les informations sur l'auteur et les coordonnées de l'éditeur.
La page titre à l’intérieur de “The Insane in the United States and Canada” par Dr. Daniel Hack Tuke. Le livre contient ses évaluations de tous les asiles qu’il a visité lorsqu’il était à l’étranger. Au Canada, ceux-ci incluaient les asiles au Québec, en Ontario, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, à l’Île-du-Prince-Édouard, au Manitoba et à Terre-Neuve. Courtoisie de l’Université de Toronto.

En 1885, le Dr. Daniel Hack Tuke a publié un témoignage sur Saint-Jean-de-Dieu. Il a écrit que ses patients étaient indisciplinés et apathiques, que l’endroit était surpeuplé et que des modes de contention étaient activement utilisés.  Il a critiqué tant l’espace physique que le manque de soins pour les patients. Dans la foulée, la Commission royale sur les asiles d’aliénés de la Province du Québec de 1887 a demandé la fin de la sous-traitance des soins aux individus privés ou aux entreprises.

Cela n’a jamais été mis en place.

En 1890, 100 personnes ont perdu la vie dans un feu qui a éclaté dans le bâtiment original de l’asile. Il a été reconstruit en 1901. Dès 1906, de petites réparations étaient nécessaires et dès 1907, l’établissement faisait face au surpeuplement.

Les patients continuaient d’être traités avec un support financier inadéquat. Bien que de la supervision ait été ajoutée, peu de changements se sont produits dans la vie quotidienne des patients. En 1908, le per diem des patients était de 0,29$. En comparaison, l’Hôpital pour enfants de Sainte-Justine en 1908 avait un per diem de 1,10$, plus de trois fois plus haut. Le coût du per diem à Saint-Jean-de-Dieu atteindrait 1,06$ seulement en 1949.